La Véritable Madame Blavatsky - La Revue Spirite - Octobre 1878

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La Revue Spirite, Paris, Octobre 1878

L’un de nos amis, homme de lettres et publiciste distingué, avait reçu de l’un de ses confrères de l’Amérique (États-Unis), une lettre concernant les Théosophes; cette lettre nous l’avons inséré, sans nous figurer qu’elle renfermait des erreurs et un récit tant soit peu fantaisiste; une lettre de Madame H. P. Blavatsky nous permet de rectifier ce que nous avons inséré de bonne foi, ce que nous nous empressons de faire comme un devoir et avec plaisir; notre amie nous paraissait surfaite par qui la connait à peine, nous en avons la preuve certaine. Notre religion a été surprise. Voici, textuellement, la lettre de Madame Blavatsky:

A peine revenue d’un voyage, je trouve dans le numéro de juin dernier de la Revue Spirite, un article intitulé «Les Théosophes—Madame Blavatsky». Traduction à peu près fidèle d’une nouvelle publiée l’année dernière dans le World de New-York, cet article répète—fort innocemment sans doute—les hallucinations de M. Ie Reporter Américain.

Il existe une race de bipèdes—production à peu près récente de notre siècle à vapeur et iconoclaste par excellence,—que les Académies des Sciences ont jusqu’ici négligé de classifier sous la rubrique de «Tératologie», ou science traitant des monstres humains. Les monstres ou lusus naturae s’appellent reporters ici—comme partout ailleurs—avec cette différence, cependant, que celui du pays de Christophe Colomb et du général Tom-Pouce se distingue de son cousin trans-atlantique, autant que le buffle sauvage des forêts vierges du taureau domestique. Si ce dernier se rend parfois coupable de dégâts commis sur la haie d’un voisin, le premier détruit des forêts entières sur son passage furieux; il rue aveuglément, tue et écrase tout ce qui lui fait obstacle. Avec Messieurs les reporters Américans, je ne sais vraiment pourquoi les bons citoyens des États-Unis se donnent seulement la peine de fermer les portes; il n’existe ni serrures assez brevetées, ni secret de famille assez sacré pour les empécher de se faufiler partout, de fureter, se mêler de tout, et surtout de remplacer la vérité toute nue par la fiction la plus singulièrement habillée dans leurs publications quotidiennes.

Il y a cinq ans que je suis la victime de ces chercheurs de sensations littéraires. Lorsque j’essaye de fermer ma porte au nez de l’un de ces Argus de la presse, il entre par la fenêtre. Balayé de son poste d’observation, il remplace ce qu’il aurait pu voir, par ce qu’il n’avait jamais vu, et ce qui n’avait jamais existé! Aussi, ne puis-je, cependant, consentir de gaîté de cœur, à passer aux yeux de vos estimables lecteurs de la Revue Spirite pour une complice de ces efforts d’imagination? Quoiqu’en substance l’article traitant de ce que le reporter et plusieurs autres personnes ont vu chez moi, un soir, soit assez exacte vers la fin; les détails qui précèdent l’apparition des deux ombres ne le sont guère.

Et d’abord, pour commencer, je ne suis pas comtesse, que je sache. Sans oublier qu’il serait plus que ridicule—ce serait anti-constitutionnel—à un citoyen ou citoyenne de la République des États-Unis—qui abjure lors de sa naturalisation tout titre de noblesse—de s’en arroger un, surtout lorsqu’il ne lui a jamais appartenu; je suis trop démocrate et j’aime et je respecte assez le peuple, pour que lui ayant voué toutes mes sympathies et cela, sans distinction de race ou de couleur, j’aille m’affubler d’un titre quelconque! J’ai toujours protesté publiquement contre cette tendance si ridicule dans une République comme la nôtre de donner à toute personne étrangère des titres plus ou moins sonores.

Néanmoins—et quoique je ne sois pas comtesse, je n’ai jamais eu l’habitude d’offrir des pipes à mes visiteurs.—On peut être démocrate, veuve de tout titre, et ne pas accepter cependant—surtout à mon âge—un rôle ridicule et inconvenant.

En parlant d’âge et quoique les journaux du pays m’eussent voté respectivement et à diverses époques l’âge de 25, 60, 86, 92 et—de 103 ans, je me vois obligée d’assurer à vos lecteurs que je n’ai pas «passé plus de trente ans dans l’Inde» C’est justement mon âge—quoique fort respectable tel qu’il est—qui s’oppose violemment à cette chronologie de fantaisie. Je n’ai pas plus embrassé la «foi Bouddhique» soit «par conviction» ou par autre chose.

Il est vrai que je regarde la philosophie de Gautama Bouddha, comme le système le plus sublime; le plus pur et surtout le plus logique entre tout autre. Mais ce système défiguré pendant des siècles par l’ambition et le fanatisme des prêtres est devenu une religion vulgaire: les formes et le culte exotérique ou populaire découlés de ce système ressemblent trop à celui de l’église romaine qui en a fait le plagiat servilement pour que je puisse jamais m’y convertir. Ainsi que dans tout système pur et primitif introduit par les grands réformateurs religieux du monde ancien, ses rayons ont trop divergé de leur centre commun—les Védas des Aryas; et quoiqu’entre toutes les croyances modernes l’Église Bouddhique soit l’unique qui encourage ses membres à questionner ses dogmes et à rechercher le fin mot de tout mystère qui y est enseigné—j’aime mieux m’en tenir à la source mère que de me fier à un des nombreux ruisseaux qui en découlent. «Ne croyez pas`ce que je vous dis, rien que pour la raison que c’est moi, votre Bouddha qui vous le dis—mais seulement lorsque votre raison ne s’oppose pas à la vérité de mon assertion»—a dit Gautama dans ses Sûtras ou aphorismes. Or, et quoique j’admire de toute mon âme la philosophie si élevée de Siddhârtha, ou Sakya-Mouni, je m’incline tout autant devant la grandeur morale et la forte logique du Kapila Indou, le grand Achârya, qui fut cependant l’ennemi le plus acharné du Bouddha. Tandis que ce dernier tenait les Védas comme autorité suprême—les Bouddhistes les ont rejeté après coup, lorsqu’il est pourtant prouvé que Gautama, dans sa réforme et protestation contre les abus des rusés Brahmanes, s’est basé entièrement sur le sens ésotérique des grandes Écritures primitives. Donc, si le reporter—auteur de l’article en question—eut dit simplement que j’appartenais à la religion qui a inspiré Bouddha, au lieu de me présenter au public comme une Bouddhiste tournant la Roue de la Loi—il n’eut dit que la vérité. On peut être Platonicien, sans être nécessairement païen ou idolâtre pour cela; comme on peut rester chrétien sans appartenir à aucune des églises qui se battent depuis dix huit cents ans au nom de l’Homme-Dieu.

Si nos frères d’outre-mer s’intéressent à savoir quelle est la religion, ou plutôt le système auquel nous - les Théosophes (de la section intérieure)—adhérons, je suis chargée par le Conseil Administratif de la «Société Théosophique de l’Arya Samaj des Indes» de vous le dire—aussitôt que vous nous l’aurez demandé. Nous n’en faisons pas un secret. Seulement —ne nous appelez plus Bouddhistes, car vous commettriez une grave erreur.

Pour en finir je vous assure que je n’ai pas dit la moitié des sottises que l’on m’attribue dans l’article en question. Je n’ai jamais assuré, par exemple, avoir fait moi-même l’opération délicate avec les moutons et chèvres du Thibet, pour la simple raison que je ne suis jamais allée dans les endroits montagneux et presque inaccessibles où l’on prétend que ce phénomène de léthargie forcée a lieu. Je n’ai répété que ce qui m’a été assuré, mais personnellement je crois à la possibilité de ce fait—sous certaines réserves cependant. Les possibilités du magnétisme animale sont infinies, et, je crois au Magnétisme - et vous aussi je pense. La dessus, donnons fraternellement la main à travers l’Atlantique, et—ne vous fiez pas trop dorénavant aux articles d’origine américaine.

H. P. BLAVATSKY.

NOTA. Nous acceptons avec empressement, l’exposition du système que les Théosophes préconisent, et nous insérerons ce que notre correspondant voudra bien nous donner; nous aurons tout intérêt à le lire.